Chapitre 4

Réduire la transmission du VIH


Objectif
Réduire la transmission du VIH par les moyens suivants :
 
garantir la sécurité des transfusions sanguines;
veiller au respect des précautions universelles;
garantir la disponibilité de condoms gratuits.


Pourquoi est-il prioritaire de réduire la transmission du VIH?

Dans la plupart des contextes, le VIH et les autres ITS se propagent plus rapidement s’il y a pauvreté, impuissance et instabilité, autant de caractéristiques des environnements de populations déplacées. Dans cet environnement, il est nécessaire de faire tout ce qui est possible pour participer aux efforts visant à stopper l’augmentation des infections nouvelles et à inverser la situation.

Nommer quelques facteurs de risque de propagation du VIH dans un environnement de personnes déplacées?

Les ITS, notamment les infections au VIH, si elles ne sont pas contrôlées ou maîtrisées, peuvent augmenter chez les populations déplacées pour diverses raisons :32

Les infrastructures de santé sont en piètre état ou détruites.
Les fournitures de matériels de protection des centres sanitaires, par exemple aiguilles et seringues propres et gants, ne sont peut-être pas disponibles.
Pas d’accès à des condoms.
Les forces de maintien de la paix, les militaires et les policiers, soit les groupes où les taux d’ITS sont peut-être plus élevés, peuvent faciliter la propagation du VIH dans les camps de réfugiés.33
Les femmes et les enfants peuvent être forcés à des tractations sexuelles pour obtenir ce dont ils ont besoin pour survivre.
Au cours d’une guerre civile ou de combats, les personnes déplacées, particulièrement les femmes et les filles, courent davantage de risques de subir des violences sexuelles, y compris le viol.
La perturbation de la vie communautaire et familiale dans les populations déplacées peut inhiber les normes sociales régissant les comportements sexuels.
Il est possible que les adolescents commencent plus tôt à avoir des relations sexuelles, qu’ils prennent des risques sexuels, par exemple avoir un rapport sexuel sans condom et ils risquent d’être exploités, en l’absence des contraintes socioculturelles traditionnelles.
Dans les situations de déplacements forcés, les populations des régions à faible prévalence du VIH peuvent se mêler à des populations où la prévalence est élevée, d’où le risque d’accroître la prévalence du VIH dans le groupe où sa prévalence est moindre.


Transmission du VIH

Les principales voies de propagation du VIH sont les relations sexuelles non protégées, le sang infecté et la transmission mère-enfant. Même si, pour la majorité, les infections sont généralement le résultat de relations sexuelles non protégées, la proportion par voie de transmission varie selon la région.


Veiller aux respects des précautions universelles

Les précautions universelles sont essentielles pour prévenir la propagation des infections dans les environnements de soins de santé. Il faut insister sur cela au cours de la première réunion de coordination sanitaire. Sous la pression d’une situation d’urgence, il est possible qu’on manque de fournitures et, en raison de la charge de travail, il se peut que le personnel humanitaire soit tenté de couper court dans les procédures, ce qui peut compromettre la sécurité des patients, tout autant que celle du personnel. Par conséquent, il est essentiel de respecter les précautions universelles. De plus, on accorde très peu d’attention aux employés de soutien, par exemple les préposés au nettoyage, qui sont souvent fraîchement recrutés et n’ont peut-être encore jamais travaillé dans un cadre de soins de santé.

Quelles sont les précautions universelles?

Les précautions universelles sont des mesures simples de lutte contre l’infection, réduisant le risque de transmission des pathogènes d’origine sanguine par l’exposition au sang ou aux fluides corporels entre les patients et les travailleurs de la santé. En vertu du principe des « précautions universelles », le sang et les fluides corporels de toute personne doivent être considérés comme infectés par le VIH, peu importe l’état, connu ou soupçonné, de la personne. L’un des éléments importants des précautions universelles est de rendre plus sécuritaires les injections. Pour obtenir plus de renseignements sur les précautions universelles, consulter le site Web de l’OMS.34

Pourquoi les précautions universelles sont-elles particulièrement importantes dans une situation d’urgence?

Les précautions universelles sont essentielles dans toute situation, mais en cas d’urgence, les infrastructures et les fournitures ont peut-être été réduites ou ne sont pas disponibles. De plus, pour diverses raisons, notamment des pressions fortes en matière de travail, le personnel de la santé est plus susceptible de subir des accidents liés au travail et de couper court dans les techniques de stérilisation. Voilà pourquoi, en situation de crise, il faut appliquer les mesures de lutte contre les infections.


La réalité : mise en œuvre du DMU au Tchad35

La Commission des femmes a mené une évaluation du DMU chez les réfugiés du Darfour au Tchad en mars 2004. À l’époque, pour la plupart, les intervenants humanitaires au Tchad ne connaissaient pas le DMU et il n’y avait pas de correspondant global en SR et une seule agence avait désigné un correspondant en SR. Même si on avait mis en œuvre, dans certains camps, plusieurs activités de protection afin de prévenir la violence sexuelle, les besoins de protection de la majorité des réfugiés vivant dans des refuges spontanés sur les zones frontalières dangereuses n’étaient pas satisfaits. Il n’y avait pas d’agent de protection de l’ONU, de correspondant, non plus que de mécanisme de rapports concernant l’exploitation et les abus sexuels et en plus, on notait un manque d’interventions systématiques pour répondre aux besoins des groupes vulnérables, par exemple les ménages dirigés par des femmes et les mineurs non accompagnés. Les activités prioritaires pour prévenir la transmission du VIH/SIDA dans ce contexte étaient inexistantes ou tout au plus limitées. Un travailleur humanitaire faisait remarquer qu’à cet endroit, les condoms fondraient probablement; un autre disait qu’il fallait se concentrer sur les activités de base et non sur des activités complexes comme le VIH. Aucune des trois interventions prioritaires pour prévenir la surmortalité et la surmorbidité maternelles et néonatales n’étaient pleinement en place. On n’a pas relevé de planification spécifique pour des services de santé reproductive complets. Globalement, l’évaluation a permis d’établir le manque généralisé de sensibilisation des intervenants humanitaires à propos du DMU et l’absence de préparatifs d’urgence, de la part des agences de l’ONU et des donateurs, concernant la mise en œuvre du DMU dans un contexte d’urgence.


Quelles sont les exigences minimales de lutte contre les infections?

Veiller à ce que tout le personnel (médical et de soutien) dans les environnements de soins de santé connaissent les précautions universelles.
Garantir un environnement sain dans les centres sanitaires.
Réduire les procédures inutiles.
Veiller à ce qu’il y ait des installations permettant de se laver souvent les mains.
Utiliser des barrières protectrices, par exemple des gants jetables, pour toutes les interventions où il y a contact avec le sang ou d’autres fluides corporels potentiellement infectés, ainsi que des vêtements protecteurs (blouses ou tabliers hydrofuges, masques et protecteurs oculaires), s’il y a lieu.
On recommande fortement d’utiliser du matériel d’injection neuf et jetable pour toutes les injections; les seringues ou aiguilles stérilisables ne devraient être envisagées que s’il n’est pas possible d’obtenir du matériel jetable et si la stérilisation peut être prouvée à l’aide des indicateurs de temps, de vapeur et de température (Time, Steam and Temperature indicators).36
Garder de la place pour un incinérateur et des installations de stérilisation.
Nettoyer, désinfecter et stériliser le matériel médical37 en appliquant les techniques les plus appropriées à l’environnement (p. ex., vapeur sous pression, désinfection de haut niveau, dans l’eau bouillante au moins 20 minutes ou trempage dans des solutions chimiques).
Traiter les blessures au travail, notamment en lavant abondamment la blessure, en rinçant les éclaboussures dans les yeux ou la bouche et, au besoin, en fournissant un traitement post-exposition.
Garantir la manutention sécuritaire des objets pointus et, notamment, fournir des contenants résistant aux perforations pour l’élimination des objets pointus ou coupants.
Veiller à ce que les terrains de décharge soient clôturés et non accessibles au public. Éliminer les déchets médicaux par incinération ou enfouissement des objets pointus dans un puits ou une fosse protégé sur les terrains de l’établissement de santé et non dans la décharge communale.
Manipuler adéquatement les déchets contaminés, y compris les déchets humains et les cadavres.38

Quels renseignements les travailleurs de la santé et le personnel de soutien devraient-ils recevoir à propos des précautions universelles?

Les travailleurs de la santé et le personnel de soutien doivent être supervisés pour veiller à ce qu’ils respectent les précautions et reçoivent des directives concernant ce qui suit :

risques potentiels dans l’environnement, comment s’en protéger et que faire en cas d’accident, par exemple blessures par aiguille, coupures ou éclaboussements de sang;
ce qui NE CONSTITUE PAS un risque;
à quel moment il est approprié d’utiliser des vêtements de protection et pour quelle raison;
comment éviter les injections inutiles et autres interventions faisant appel à la manipulation d’objets pointus et supposant leur élimination.

Transfusions sanguines sécuritaires

L’un des éléments essentiels de la prévention de la transmission du VIH est la sécurité des transfusions sanguines. Effectuées adéquatement, les transfusions sanguines peuvent sauver des vies et améliorer la santé. Toutefois, mal utilisées, elles comportent le risque de transmission d’agents infectieux, par exemple le VIH, les virus de l’hépatite et la syphilis. Le sang qui n’a pas fait l’objet d’un dépistage ou d’un dépistage approprié ou l’utilisation incorrecte du sang et des produits sanguins augmentent le risque que les bénéficiaires contractent le VIH. De plus, cela peut contribuer aux pénuries de sang et de produits sanguins pour les patients qui ont besoin d’une transfusion. Par conséquent, il est absolument essentiel d’éviter les transfusions sanguines non nécessaires, afin de réduire les risques d’infection. Il est possible de réduire les transfusions non nécessaires par l’usage clinique approprié du sang, en évitant qu’il faille procéder à une transfusion et en utilisant les solutions de rechange à celles-ci. On doit appliquer les critères normalisés pour les transfusions sanguines39 as outlined by WHO.

Réduire la nécessité d’effectuer des transfusions sanguines en formant les travailleurs de la santé à l’utilisation, lorsque possible, de solutions de remplacement volumique.
Éviter autant que possible les transfusions sanguines le soir, lorsque l’éclairage est souvent insuffisant.
Pour les transfusions sanguines dans un camp, mettre en place des systèmes appropriés et tenir le personnel médical approprié responsable des transfusions.
Les transfusions sanguines devraient, idéalement, s’effectuer dans des établissements de santé où existent des installations de laboratoire pour le dépistage du VIH et d’autres maladies infectieuses chez les donneurs, où on peut effectuer des épreuves de compatibilité croisée et gérer les complications découlant des transfusions sanguines.
Tous les travailleurs de la santé doivent recevoir une formation afin de s’assurer que le sang transfusé à leur établissement et(ou) les réserves de sang de l’établissement vers lesquelles ils aiguillent les patients soient sécuritaires.40
Sélectionner des donneurs sûrs.41
S’assurer que le sang destiné aux transfusions est sécuritaire en veillant à ce qu’on lui fasse subir un test de dépistage du VIH et autres maladies transmissibles par le sang.42
Veiller à ce que les banques de sang aient les fournitures pour les tests de dépistage sanguin.
Fournir suffisamment de tests et fournitures pour le dépistage du sang où c’est nécessaire.43


Bonnes pratiques de prévention et de gestion des conséquences du VIH constatées au Darfour44

Dans une clinique du nord du Darfour, on a désigné un adjoint médical, expressément responsable de garantir l’application des précautions universelles.
Dans le nord du Darfour, on a donné des séances de formation sur les précautions universelles aux sages-femmes des villages et distribué les fournitures nécessaires, notamment des condoms.


Garantie de disponiblité de condoms gratuits

Les condoms constituent une méthode essentielle de protection pour la prévention du VIH et des autres ITS. Même si, dans la population, certaines personnes n’en connaissent pas suffisamment l’usage, les condoms devraient être offerts dans des endroits accessibles et privés dès les premiers jours d’une situation d’urgence, afin que chacun qui connaît ce contraceptif, tant dans les populations déplacées que chez le personnel humanitaire, y ait accès. Il faut commander des réserves suffisantes immédiatement. (Voir le tableau d’exercice sur la façon de calculer le nombre approprié de condoms à commander.)

Exercice

Calculer une réserve de trois mois de condoms masculins pour une population de 10 000 personnes

POPULATION D’HOMMES SEXUELLEMENT ACTIFS = 20 %

10 000 x 0,2 = 2 000

POURCENTAGE D’HOMMES ACTIFS SEXUELLEMENT UTILISANT DES CONDOMS = 20 %*

2 000 x 0,2 = 400

CONDOMS UTILISES PAR MOIS PAR HOMME = 12

400 x 12 = 4 800

GASPILLAGE OU PERTE = 20 %

4 800 x 0,2 = 960

CONDOMS UTILISES PAR MOIS + GASPILLAGE/PERTE

4 800 + 960 = 5 760

CALCULER UNE RESERVE DE TROIS MOIS**

5 760 x 3 = 17 280
* L’estimation de 20 p. 100 est générale et peut être modifiée, si l‘information supplémentaire obtenue d’enquêtes ou d’études précédentes indique que le taux d’utilisation des condoms est plus élevé ou moins élevé.

** Les condoms se présentent habituellement en cartons de 144.


Condoms (préservatifs) féminins :

Les préservatifs féminins peuvent être commandés par l’entremise de l'UNFPA (Kit 1 de santé reproductive, partie B. Pour plus de renseignements, voir le chapitre 7). Le condom féminin offre aux femmes et aux filles une méthode conçue par les femmes pour prévenir le VIH et leur offrant une protection contre les autres ITS, de même que contre la grossesse. Ce facteur peut être très important car nombre de femmes et de filles sont incapables de négocier avec leur homme l’utilisation du condom car elles n’ont pas de pouvoir dans leurs relations. Les condoms féminins sont habituellement plus coûteux
et moins connus que les condoms masculins, au sein de la population. S’il est possible d’obtenir un approvisionnement stable de condoms féminins, il serait possible de déployer des efforts, lorsque la stabilité est établie, et fournir plus de renseignements à la population sur cette méthode et former les femmes, les filles et les hommes sur son utilisation correcte.


Où le personnel humanitaire peut-il commander des condoms?

Il existe sur le marché de nombreuses marques de condoms. Il pourrait être utile de consulter le ministère de la Santé de l’endroit et les ONG locales œuvrant dans le secteur de la planification familiale et de la prévention ou du traitement du VIH, car ils pourraient vous aider à vous procurer des condoms, peut-être même plus rapidement que les agences de l’ONU. Si l’agence n’a pas d’expérience dans les commandes de condoms, communiquer avec l'UNFPA,45 qui s’occupe des approvisionnements pour l’ensemble du réseau de l’ONU et peut faciliter l’achat en quantités de condoms de qualité et à un coût modique. De plus, on peut obtenir des condoms dans les kits de santé reproductive interagence, soit le Kit 1, partie A (plus de renseignements sur les kits de santé reproductive au chapitre 7).


Comment mettre les condoms à disposition?

Le personnel humanitaire fournit des condoms sur demande, mais il doit s’assurer qu’ils sont visibles pour les populations déplacées et que, dans celles-ci, on sache qu’il y a des condoms disponibles à divers endroits. Les condoms peuvent être placés aux établissements de santé et dans toute une gamme d’autres endroits, par exemple les points de distribution des aliments, le bureau des services communautaires et à tout endroit où les gens se réunissent ou se rendent pour avoir accès aux services ou aux fournitures. Il serait avisé de rendre les condoms disponibles à des endroits privés, par exemple les latrines, et d’approvisionner en condoms les hôtels et les bars.

Préparer et exécuter une campagne IEC appropriée sur la distribution de condoms est fastidieux et nécessite beaucoup de ressources et, de la sorte, ce n’est pas une intervention prioritaire aux premiers stades d’une situation d’urgence. NE PAS distribuer de condoms dans la population, ce qui pourrait être perçu comme offensant, NI mener de campagne IEC massive sur la distribution de condoms tant que tous les éléments du DMU n’ont pas été mis en œuvre, car ce n’est qu’à ce moment que l’on peut planifier soigneusement les programmes plus globaux de lutte contre le VIH/SIDA et de planification familiale.


Bonne pratique

Interrogé par le personnel national qui voulait savoir pourquoi il y avait des condoms dans le secteur des toilettes, le représentant de l’organisation internationale a expliqué que l’agence X est une organisation internationale et que, quel que soit l’endroit du monde où elle travaille, elle met à disposition des condoms pour prévenir la transmission du VIH dans la région où elle œuvre. L’employé en question a été satisfait de la réponse et, petit à petit, on a commencé à s’approvisionner en condoms dans le panier situé dans les toilettes du personnel.


Surveillance du VIH dans le DMU
On dispose de suffisamment de matériel pour mettre adéquatement en pratique les précautions universelles.
Nombre de condoms obtenus et mis à disposition.
Les travailleurs de la santé connaissent les précautions universelles et les appliquent.
Indicateurs de surveillance de la coordination concernant le VIH :
Fournitures pour les précautions universelles : pourcentage d’établissements de santé ayant suffisamment de fournitures pour l’application des précautions universelles, par exemple matériel d’injection jetable, gants, vêtements de protection et protocole d’élimination sécuritaire des objets pointus
Transfusions sanguines sécuritaires : pourcentage d’hôpitaux du niveau recours ayant un stock suffisant de tests de dépistage de VIH dans le sang et les utilisant de routine
Diffusion estimative des condoms : nombre de condoms distribués dans une période déterminée

Quelles sont les fournitures nécessaires ou quels kits de santé reproductive interagence peut-on commander pour s’attaquer à ce problème?46

Numéro Nom Couleur
Kit 1 : Kit de condoms (Partie A + B) Rouge
Kit 12 : Kit de t